Les descentes « cassent » les jambes : comment votre bagage d'entraînement protège les muscles

Une nouvelle étude sur les traileurs montre que ceux qui courent régulièrement des répétitions en descente endommagent moins leurs muscles et conservent mieux leur force en squat. On décrypte ce que cela signifie pour vos entraînements.

AS
Anna Severova

Quiconque a couru un ultra de montagne connaît cette sensation : les montées coupent le souffle, et les descentes cassent les jambes. À l'arrivée, les quadriceps refusent de freiner, chaque foulée vers le bas fait mal, et le lendemain matin, descendre l'escalier devient douloureux.

La cause tient à la biomécanique. En descente, les muscles de la cuisse travaillent en régime excentrique : ils s'allongent sous la charge et amortissent l'inertie du corps à chaque réception. Ce freinage crée bien plus de micro-lésions dans les fibres musculaires que la course à plat. D'où l'augmentation des marqueurs de dommage musculaire dans le sang, les courbatures retardées (DOMS) et la baisse de force.

La question qui intrigue depuis longtemps les traileurs : peut-on s'y adapter ? Une nouvelle étude de chercheurs espagnols apporte les premières réponses — et elles sont encourageantes.

Ce qui a été étudié

L'étude a inclus 36 traileurs expérimentés (25 hommes et 11 femmes), âge moyen 45 ± 8 ans, avec 15 ± 8 ans de pratique de la course et un volume hebdomadaire de 71 ± 22 km. Tous se préparaient pour un ultra de montagne de 106,1 km avec +5584 m de dénivelé positif et −4369 m de dénivelé négatif.

Le protocole était un test de descente standardisé sur tapis roulant :

  • 5 km à une pente constante de −15% ;
  • vitesse de 13,3 ± 1,6 km/h (au niveau du premier seuil ventilatoire, soit une charge aérobie légère) ;
  • prélèvement sanguin avant et 30 minutes après le protocole — pour la créatine kinase (CK), la lactate déshydrogénase (LDH) et la myoglobine ;
  • tests isométriques de force (flexion plantaire du pied et demi-squat) ;
  • analyse de la technique de course : longueur et fréquence de foulée, temps de contact au sol, oscillations verticales.

Côté bagage d'entraînement : 75,7% des participants faisaient du renforcement musculaire, et 21,6% incluaient régulièrement des répétitions en descente.

Résultats

Même 5 km « faciles » en descente ont provoqué des dommages musculaires notables. C'est la myoglobine qui a le plus augmenté — de 247,8% (de 31 ± 16 à 94 ± 47 ng/ml, effet important d = 1,85). La créatine kinase a grimpé de 17,4% (229 → 261 U/l), la LDH de 6,4% (405 → 428 U/l). La myoglobine s'est révélée le marqueur le plus sensible d'une descente courte.

Mais l'essentiel, ce sont les différences entre les groupes. Ceux qui couraient régulièrement des répétitions en descente avaient une créatine kinase plus basse (182 ± 73 contre 290 ± 192 U/l) et conservaient mieux leur force en squat : +4 ± 10% contre −9,1 ± 16,8% pour les autres (p < 0,05, d = 0,87). Autrement dit, l'adaptation spécifique aux descentes protégeait réellement les muscles : un groupe a même gagné en force après le test, tandis que l'autre en a perdu près d'un dixième.

La technique a aussi joué un rôle. Une foulée plus « rasante » — moins d'oscillations verticales et une foulée plus courte — était associée à une meilleure conservation de la force (lien entre la perte de force et les oscillations verticales r = −0,44, et la longueur de foulée r = −0,37). En clair : moins vous « sautez » en descente et plus votre foulée est courte, moins les muscles souffrent.

Autre constat utile en pratique : le taux de LDH après le test de descente standard était fortement corrélé à la LDH après la course elle-même (r = 0,64 ; p < 0,01). Les auteurs suggèrent qu'un tel test pourrait servir d'indicateur de la préparation d'un athlète au stress « de descente » d'une ultradistance.

Comment entraîner les descentes

Des résultats découle une pratique tout à fait concrète.

  • Intégrez des intervalles en descente (downhill reps). C'est précisément ce travail spécifique qui distinguait le groupe « protégé ». Trouvez une descente modérée, descendez en courant à une allure maîtrisée, remontez — et recommencez.
  • Progressez petit à petit. Le travail excentrique provoque de fortes courbatures retardées, surtout lors des premières séances (l'« effet de charge répétée », ou repeated bout effect). Commencez par un faible volume et une pente légère, et augmentez toutes les 1–2 semaines.
  • Travaillez la technique. Entraînez une foulée plus courte, une cadence un peu plus élevée, moins de « rebond » vertical, une réception souple et « silencieuse ». Cela réduit la charge d'impact et la perte de force.
  • Ajoutez du renforcement axé sur l'excentrique. Les squats et les fentes avec une phase de descente contrôlée renforcent les quadriceps pour le régime dans lequel ils travaillent en descente.
  • N'oubliez pas la récupération. Après une séance de descente exigeante, les muscles ont besoin de temps : prévoyez des jours faciles et n'enchaînez pas deux entraînements « destructeurs ».

Limites

Les auteurs qualifient honnêtement ce travail d'exploratoire. L'échantillon est réduit, et 7 participants combinaient à la fois les répétitions en descente et le renforcement — impossible donc de séparer proprement la contribution de ces deux facteurs. Les données montrent des liens, pas une relation de cause à effet stricte : on ne peut pas affirmer à 100% que ce sont précisément les répétitions en descente qui ont « produit » la protection. Les participants sont des coureurs expérimentés d'un certain âge, issus d'une seule course ; il faut donc transposer les conclusions aux débutants avec prudence.

L'essentiel

  • Les descentes endommagent les muscles même à allure facile — à cause du travail excentrique ; le marqueur le plus sensible d'une descente courte est la myoglobine (+247,8%).
  • Les répétitions en descente régulières protègent : créatine kinase plus basse et force de squat mieux conservée (+4% contre −9,1%).
  • La technique compte : foulée plus courte et moins d'oscillations verticales — moins de perte de force.
  • Conclusion pratique : intégrez des intervalles en descente et du renforcement excentrique, progressez en douceur, travaillez une course « rasante ».
  • Gardez le contexte en tête : l'étude est exploratoire et l'échantillon réduit — c'est un repère, pas un dogme.

Source : Martinez-Navarro et al. Downhill Running-Induced Muscle Damage in Trail Runners: An Exploratory Study Regarding Training Background and Running Gait. Sports (Basel), 2026. DOI: 10.3390/sports14010012