Urolithine A : 42 coureurs d’élite, la « mitophagie » et un 3000 m qui n’est pas devenu plus rapide

Le complément est vendu comme un moyen de renouveler ses mitochondries. Dans une étude en double aveugle menée sur 42 coureurs de haut niveau, la VO₂max a progressé de 5,4 % contre 3,6 % sous placebo — mais la statistique n’a trouvé aucune différence entre les groupes, et le 3000 m ne s’est amélioré chez personne.

Urolithine A : 42 coureurs d’élite, la « mitophagie » et un 3000 m qui n’est pas devenu plus rapide

L’urolithine A est une substance qu’on ne trouve pas dans l’alimentation. Ce qu’on y trouve, ce sont les ellagitanins : grenade, noix, framboise, mûre. L’urolithine A en est fabriquée par les bactéries du côlon — et loin de l’être chez tout le monde. Selon les estimations, la flore intestinale d’environ 40–60 % des gens en est capable. Les autres peuvent boire des litres de jus de grenade sans le moindre résultat.

D’où la logique commerciale : si votre flore n’y arrive pas, achetez la molécule toute prête. C’est ainsi qu’est apparu Mitopure, puis une vague de compléments « pour les mitochondries ».

Ce qui est promis et pourquoi cela sonne bien

Le mécanisme revendiqué est la mitophagie : l’élimination sélective des mitochondries endommagées. Une cellule vieillissante ou surchargée accumule des mitochondries qui respirent mal mais occupent la place. D’après des travaux sur des vers, des souris et des cultures cellulaires, l’urolithine A déclenche leur démantèlement — et la cellule renouvelle son pool.

Pour un coureur, cela ressemble à une cible touchée en plein centre : l’endurance, c’est précisément le travail des mitochondries. Les premières études chez l’humain ont porté sur des personnes âgées et sédentaires — là, il y a eu des gains. La question que personne n’avait tranchée avant 2025 : est-ce que cela fonctionne chez quelqu’un dont les mitochondries sont déjà en excellent état parce qu’il s’entraîne depuis dix ans ?

Ce qui a été fait

L’étude est parue dans Sports Medicine (Whitfield et coll., 2025). Le protocole est randomisé, en double aveugle, en groupes parallèles :

  • 42 coureurs masculins de haut niveau, VO₂max supérieure à 60 ml/kg/min (22 dans le groupe complément, 20 sous placebo) ;
  • 1000 mg d’urolithine A par jour, 4 semaines, dont trois semaines de stage en altitude à 1700–2200 m ;
  • mesures : VO₂max, économie de course, test sur 3000 m, masse d’hémoglobine, composition corporelle, créatine kinase et CRP, ainsi qu’une biopsie musculaire avec protéomique et mesure directe de la respiration mitochondriale.

Ce dernier point est important : d’ordinaire, les compléments « pour les mitochondries » sont évalués sur des marqueurs indirects. Ici, on a prélevé un morceau de muscle et regardé comment les mitochondries respirent réellement.

Les résultats

Le résultat principal est négatif.

La VO₂max a augmenté dans les deux groupes : de 66,4 à 70,0 ml/kg/min sous complément (+5,4 %, p = 0,009) et de 66,4 à 68,7 sous placebo (+3,6 %, p = 0,098). À première vue, les chiffres plaident pour l’urolithine. Mais la comparaison correcte, c’est l’interaction « temps × traitement », et elle n’est pas significative (p = 0,138). Autrement dit, on ne peut pas affirmer que le gain diffère du placebo : les deux groupes ont vécu trois semaines en altitude, et la hausse de la VO₂max est exactement ce pour quoi on part en altitude.

Le test sur 3000 m ne s’est amélioré chez personne. Pire, le temps des deux groupes s’est dégradé après le stage : 513,9 → 526,0 s sous complément et 532,5 → 535,9 s sous placebo. Pour des athlètes qui viennent de redescendre de l’altitude, c’est normal, mais il n’y a ici aucun « l’urolithine fait courir plus vite ».

La respiration mitochondriale n’a pas changé. Ni sur substrat lipidique, ni sur substrat pyruvate (p > 0,05). La citrate synthase a augmenté de façon non significative et, c’est parlant, davantage sous placebo (+16 % contre +11 %). L’expression des protéines OXPHOS n’a pas bougé. La promesse centrale du complément ne se confirme pas à la mesure directe.

La masse d’hémoglobine a augmenté de la même façon dans les deux groupes (d’environ 4–5 %) — encore un effet de l’altitude, pas des gélules.

Ce qu’on a tout de même trouvé

Deux résultats jouent en faveur du complément, et ils ne concernent pas la vitesse.

La créatine kinase. L’aire sous la courbe de CK après le 3000 m est significativement plus basse dans le groupe urolithine (p = 0,0016, d = 0,81) ; sous placebo, elle ne bouge pas. La CK est un marqueur de lésion musculaire, et cela concorde avec la protéomique : chez ceux qui prenaient le complément, les protéines de la réponse inflammatoire, dont NFκB2, étaient abaissées.

La perception de l’effort. Le RPE après la course était plus bas (p = 0,020). C’est un indicateur subjectif, mais dans un protocole en aveugle il veut dire quelque chose.

Au total : sur la performance, non ; sur les traces laissées par l’effort, peut-être.

Les réserves honnêtes

L’argent. L’étude a été financée par Amazentis SA, la société qui vend Mitopure. Trois des auteurs en sont salariés. Cela ne rend pas le travail douteux : au contraire, un résultat négatif sur l’hypothèse principale, financé par le fabricant, mérite le respect. Mais il faut le prendre en connaissance de cause.

L’altitude masque tout. Superposer quatre semaines de complément à un stage en altitude de trois semaines, c’est entrer en concurrence avec le stimulus le plus puissant de la préparation. L’effet du complément, s’il existe, s’y noie.

Que des hommes, que de l’élite. Aucune femme dans l’échantillon. Impossible de généraliser, dans un sens ou dans l’autre, à un amateur avec une VO₂max de 45 : il a plus de marge de progression, mais ses mitochondries s’entraînent aussi moins bien.

Les biopsies ont été prélevées au repos et sur un autre sous-groupe, pas sur les personnes chez qui la performance a été mesurée. La mitophagie est un processus déclenché par l’effort ; l’observer au repos n’est manifestement pas le meilleur moment.

Quatre semaines, c’est peu pour un processus qui, en théorie, s’installe sur plusieurs mois.

Que faire de tout cela

  • Comme complément ergogène : ne pas acheter. Dans la meilleure étude disponible à ce jour sur des coureurs entraînés, ni la VO₂max, ni l’économie de course, ni le temps sur 3000 m n’ont montré d’avantage sur le placebo.
  • Comme « aide à la récupération » : à ranger parmi les choses non démontrées mais pas inintéressantes. Le signal sur la CK et les protéines inflammatoires est réel, mais c’est un résultat unique, dans une seule étude, sur 42 hommes.
  • Garder le prix en tête. 1000 mg par jour, c’est la plus haute des doses étudiées, et elle coûte nettement plus cher que la créatine, dont le socle de preuves est d’un tout autre ordre.
  • Si l’envie est de travailler ses mitochondries, l’entraînement revient moins cher. Trois semaines en altitude ont fait monter la VO₂max du groupe placebo de 3,6 %. Aucune gélule de cette étude n’en a fait autant.

L’essentiel

  • L’urolithine A se forme à partir des ellagitanins de la grenade et des noix, mais la flore intestinale n’y parvient que chez environ 40–60 % des gens.
  • L’ECR en double aveugle (Sports Medicine, 2025) a inclus 42 coureurs avec une VO₂max > 60, à la dose de 1000 mg/jour pendant 4 semaines, sur fond de stage en altitude.
  • VO₂max : +5,4 % contre +3,6 % sous placebo, mais l’interaction « temps × traitement » n’est pas significative (p = 0,138).
  • Le test sur 3000 m ne s’est amélioré dans aucun des deux groupes.
  • La respiration mitochondriale n’a pas changé à la mesure directe sur biopsie : le mécanisme revendiqué n’est pas confirmé.
  • Ont significativement baissé la créatine kinase après l’effort (p = 0,0016) et l’effort perçu (p = 0,020).
  • L’étude a été financée par le fabricant du complément ; trois des auteurs en sont salariés.

Source : Whitfield J. et coll. « Evaluating the Impact of Urolithin A Supplementation on Running Performance, Recovery, and Mitochondrial Biomarkers in Highly Trained Male Distance Runners ». Sports Medicine, 2025. DOI: 10.1007/s40279-025-02292-5