100 marathons et un VO₂max qui refuse de baisser : ce qu'a révélé une cohorte mondiale de multi-marathoniens
Des scientifiques ont réuni 340 coureurs de 24 pays, chacun avec une centaine de marathons derrière lui. Leur puissance aérobie décline avec l'âge nettement plus lentement que la norme. On décrypte ce que cela signifie et où est le piège.
Il existe un chiffre qui prédit l'espérance de vie mieux que le cholestérol, la tension ou le tabac : le VO₂max, la consommation maximale d'oxygène. Avec l'âge, il baisse inexorablement chez tout le monde : d'environ 10% par décennie après trente ans. La question est de savoir si l'on peut « infléchir » un tant soit peu cette courbe – et si oui, à quel prix.
Une nouvelle étude parue dans Scientific Reports a abordé le sujet sous un angle inhabituel. Les scientifiques ont trouvé des personnes pour qui le marathon n'est pas un exploit ponctuel mais un mode de vie : chaque participant avait couru au moins 100 marathons. Et ils ont observé comment vieillit leur système aérobie.
Ce qui a été étudié
Le protocole était une enquête mondiale en ligne (transversale, c'est-à-dire un « instantané » à un moment donné, sans suivre les mêmes personnes pendant des années).
- 340 participants de 24 pays : 184 hommes (54,1%) et 156 femmes (45,9%).
- Critère de sélection : être majeur et avoir ≥100 marathons terminés. En moyenne sur la vie : 121 marathons par personne.
- L'âge moyen de la cohorte était de 52,2 ans.
- Les données ont été recueillies du 1er janvier 2023 au 31 mars 2024.
Détail important : le VO₂max n'a pas été mesuré en laboratoire. On a pris des estimations de montres connectées (Garmin, Polar, COROS). La marge d'erreur de telles estimations est de l'ordre de ±5–10% par rapport à un test de laboratoire, et les auteurs ont honnêtement prévu un couloir de correction de ±10%. Ils ont comparé les valeurs à la base normative FRIEND, un grand registre clinique de résultats de tests d'effort.
Résultats
Puissance aérobie nettement au-dessus de la norme à tous les âges. Les multi-marathoniens ont présenté un VO₂max sensiblement supérieur aux normes de la population dans tous les groupes d'âge. De plus, les hommes de 60–69 ans et les femmes de 40–69 ans ont dépassé de manière significative même le 95e centile des normes, c'est-à-dire qu'ils se sont classés dans les 5% supérieurs pour leur âge et leur sexe.
Une courbe de vieillissement plus plate. La découverte clé : dans cette cohorte, le déclin du VO₂max lié à l'âge est plus doux, surtout chez les plus âgés. La pente de la courbe transversale s'est révélée statistiquement significativement moins raide que les trajectoires normatives de FRIEND (p < 0,001), et ce résultat a résisté à tous les tests de robustesse.
Hommes et femmes vieillissent différemment. Chez les hommes, les valeurs absolues de VO₂max sont plus élevées. Mais chez les femmes plus âgées, l'avantage relatif sur la norme s'est avéré plus grand : leur « écart » par rapport à leurs congénères est plus marqué.
Qu'en est-il de l'espérance de vie. La mortalité directe n'a pas été suivie dans la cohorte. Les auteurs ont appliqué un modèle connu de la littérature : chaque 1 ml/kg/min supplémentaire de VO₂max représente environ 3,7% de risque en moins de mourir de toutes causes. L'avantage prédit était le plus important dans les groupes d'âge les plus élevés. Les tailles d'effet selon le Δ de Glass variaient dans l'intervalle 1,07–4,16, des valeurs très grandes.
Ce que cela signifie pour toi
- Une charge d'endurance régulière est un investissement pour la fin de vie. La différence entre les « 5% supérieurs » et la moyenne d'âge n'est pas cosmétique : ce sont des décennies de fonctionnalité préservée.
- Il ne s'agit pas d'un record ponctuel, mais de l'accumulation. On parle de personnes fortes d'une centaine de départs. Ce qui compte, c'est le volume et la constance de l'entraînement au fil des ans.
- Le VO₂max est un chiffre à surveiller. Même une estimation de la montre donne un repère et une dynamique. Tu peux estimer ton niveau et le comparer à la norme de ton âge avec le calculateur ci-dessous.
- Plus on vieillit, plus il est important de ne pas abandonner. C'est justement chez les vétérans que les auteurs voient le plus grand écart avec la norme. C'est le cas où « continuer » vaut plus que « commencer vite ».
Limites
Ici, il faut être honnête, et les auteurs ne s'en cachent pas.
- C'est un instantané, pas une observation dans le temps. Un tel protocole ne permet pas de déduire la causalité : on voit une corrélation, pas la preuve que c'est précisément la course qui a « ralenti » le vieillissement.
- Le VO₂max vient de montres connectées, pas d'un laboratoire. Une estimation approximative.
- Biais du survivant. L'échantillon a retenu ceux qui ont couru jusqu'à cent marathons et n'ont pas abandonné. Ceux qui ont arrêté à cause de blessures ou de problèmes de santé ne figurent pas dans les données.
- Auto-sélection et géographie. Le recrutement volontaire en ligne est biaisé vers les pays dotés d'une culture multi-marathon développée.
- Pas de données de départ. Impossible de séparer l'effet de l'entraînement d'un phénotype « fort » de naissance : peut-être ces personnes étaient-elles d'emblée plus douées.
- Les facteurs de confusion n'ont pas été pris en compte : revenu, accès aux ressources, maladies associées.
En clair, l'étude montre de façon convaincante un lien, mais ne prouve pas que cent marathons te garantissent, à toi précisément, une longue vie.
L'essentiel
- Les multi-marathoniens (≥100 marathons, âge moyen 52 ans) maintiennent leur VO₂max nettement au-dessus de la norme d'âge, jusqu'aux 5% supérieurs.
- Chez eux, le déclin de la puissance aérobie lié à l'âge est statistiquement significativement plus plat que dans les normes (p < 0,001).
- Chaque +1 ml/kg/min de VO₂max est associé à environ −3,7% de risque de décès ; le gain est maximal chez les plus âgés.
- Ce sont des données transversales avec des estimations de VO₂max par montre et un biais du survivant : le lien existe, mais la causalité n'est pas prouvée.
- La conclusion pratique est simple et vieille comme le monde : entraîne-toi régulièrement, entraîne-toi longtemps, n'abandonne pas avec l'âge.
Source : Lundy L., Reilly R. B., Fleming N. VO₂max ageing and all-cause mortality in a global cohort of multi-marathoners. Scientific Reports, 2026, 16:21761. https://www.nature.com/articles/s41598-026-52475-x