Hyponatrémie : quand l'eau devient trop abondante
Sur un marathon ou un ultra, trop boire est parfois plus dangereux que pas assez. Décryptons ce qu'est l'hyponatrémie, pourquoi l'endurance est une zone à risque et comment boire avec discernement.
Pendant des années, on nous a appris que l'ennemi numéro un sur un parcours, c'est la déshydratation : alors bois, bois et bois encore. Mais l'endurance a un revers dont on parle bien plus rarement. Parfois, l'organisme souffre non pas d'un manque d'eau, mais de son excès. Cet état s'appelle l'hyponatrémie, et sur un marathon ou un ultra, il peut se révéler plus dangereux qu'un léger déficit d'hydratation.
Ce qu'est l'hyponatrémie
Le sodium est un électrolyte qui aide à réguler la quantité d'eau à l'intérieur des cellules et autour d'elles. Un taux sain de sodium dans le sang se situe entre 135 et 145 mmol/L. L'hyponatrémie survient quand il chute à des valeurs de < 135 mmol/L.
Le mécanisme est le suivant : un ou plusieurs facteurs diluent le sodium dans l'organisme, le niveau d'eau dans le corps augmente, et les cellules commencent à gonfler. C'est précisément ce gonflement qui provoque les symptômes, du plus léger au plus menaçant pour la vie. Le plus dangereux de tous, c'est le gonflement du tissu cérébral.
Pourquoi l'endurance est une zone à risque
La logique est simple et sournoise. Avec la sueur, nous perdons non seulement de l'eau, mais aussi du sodium. Si, pendant un effort prolongé, on s'enfile de l'eau au-delà du raisonnable, les reins n'ont plus le temps d'évacuer le liquide excédentaire — et le sodium dans le sang se dilue encore davantage. C'est justement pour cela que la Mayo Clinic range explicitement les marathons, les ultramarathons et le triathlon parmi les facteurs de risque : ce sont des efforts longs et de haute intensité, où il est facile de trop boire.
L'évolution suit deux scénarios. Dans l'hyponatrémie chronique, le sodium baisse progressivement, sur 48 heures ou plus, et les symptômes sont généralement plus modérés. Dans l'hyponatrémie aiguë, il chute vite, ce qui menace d'un œdème cérébral fulgurant, de coma et de mort. La situation du marathon relève justement de la variante aiguë : plusieurs heures d'affilée de surhydratation active.
Autre nuance : selon la Mayo Clinic, les personnes en préménopause figurent parmi les plus exposées au risque de lésions cérébrales. On suppose que cela tient à l'influence des hormones sexuelles sur la capacité de l'organisme à équilibrer le sodium.
Les signes en course et le grand mythe
Symptômes de l'hyponatrémie selon la Mayo Clinic :
- nausées et vomissements ;
- maux de tête ;
- confusion ;
- baisse d'énergie, somnolence, fatigue ;
- agitation et irritabilité ;
- faiblesse musculaire, spasmes ou crampes ;
- convulsions ;
- coma.
Le piège, c'est que beaucoup de ces signes — nausées, maux de tête, confusion — ressemblent trait pour trait aux symptômes de la déshydratation. Et c'est là qu'entre en jeu le grand mythe de l'endurance : « je me sens mal, donc il faut boire davantage ». Si la cause est un excès de boisson, l'eau supplémentaire ne fera qu'aggraver l'état.
Portez une attention particulière aux crampes musculaires : on a l'habitude de les mettre sur le compte du manque d'eau et de les noyer sous un volume de liquide encore plus grand. Or les crampes font partie de la liste des symptômes de l'hyponatrémie elle-même.
Comment l'appliquer en pratique
- Buvez à la soif. La Mayo Clinic conseille aux sportifs de compenser à peu près autant de liquide qu'ils en perdent par la sueur. La soif est un bon repère de volume.
- Vérifiez la couleur de vos urines. Si vous n'avez pas envie de boire et que vos urines sont jaune clair, l'eau est probablement suffisante.
- Sur les longues épreuves, pas seulement de l'eau. Sur les marathons et les triathlons, il est judicieux de remplacer une partie de l'eau par des boissons pour le sport contenant des électrolytes (parlez-en à votre médecin).
- Ne buvez pas « par précaution ». L'excès d'eau surcharge les reins. Ici, c'est la mesure qui compte, pas le maximum.
- Connaissez les signaux d'alerte. Nausées et vomissements, confusion, une convulsion ou une perte de connaissance sont autant de raisons de demander une aide d'urgence sans attendre.
L'essentiel
- L'hyponatrémie, c'est une chute du sodium dans le sang à < 135 mmol/L ; les cellules gonflent, et la conséquence la plus dangereuse est l'œdème cérébral.
- Le sodium se perd avec la sueur, et trop boire sur une longue distance le dilue encore plus — c'est pourquoi, sur un marathon ou un ultra, trop boire peut être plus dangereux que pas assez.
- La forme aiguë se développe en quelques heures et menace de coma ; une course d'endurance en est le scénario type.
- Les symptômes se déguisent en déshydratation, si bien que l'instinct de « boire encore » peut nuire.
- Les repères de la normale, ce sont la soif et des urines jaune clair ; sur les longues épreuves, ajoutez des électrolytes.
Source : Mayo Clinic — Hyponatremia. https://www.mayoclinic.org/diseases-conditions/hyponatremia/symptoms-causes/syc-20373711